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000025671_87Que veux-tu nous dire Patrick sur Mars?

Cela dépend, car j’avais beaucoup de questions comme « est-ce qu’on veut vendre Mars ? », ou plutôt « est-ce que le passage chez Mars est un prétexte pour partager une expérience ? ».

C’est ce qui me parait intéressant, parce qu’à priori on a le profil de ceux qui ont vécu une histoire commune, dans une culture commune.

On peut penser qu’il s’agit de valeurs à partager mais, pour moi, c’est plutôt d’échanger sur comment les uns et les autres ont évolué après Mars, ce qu’ils sont devenus aujourd’hui et par quel biais, de manière à donner des pistes de réflexion, des exemples, des conseils, pour s’en inspirer ou donner de l’espoir à certains.

Pour moi, les parcours sont intéressants, puis les moments qui ont permis de faire des choix marquants dans sa carrière.

Que peux-tu me dire sur les moments marquants pour toi chez MARS ?

Il y a tout d’abord le contexte général : j’y suis resté 23 ans, une période très longue, en l’occurrence de 20 ans à 43 ans, qui m’a permis d’accéder à nombre de responsabilités.

La 1ère partie de ma carrière, chez Mars fut très intéressante, avec une évolution pratiquement permanente, tous les ans ou tous les 3-4 ans en fonction des périodes, qui m’a permis d’appréhender un horizon différent dans des contextes eux aussi différents, tout en bougeant géographiquement, et qui a formé mon expérience actuelle, depuis des jobs terrains jusqu’au poste de directeur commercial, en passant par l’ensemble des métiers de la vente. J’ai vécu ainsi nombre de choses dans des catégories différentes, du fait d’être dans un grand groupe.

Le gros déclencheur a été en 2010, lorsque j’ai réalisé que mon parcours chez Mars arrivait à son terme, mais aussi qu’en partant je prenais un risque, au lieu d’attendre quelque chose de Mars à l’interne ou qu’on me pousse dehors. J’ai assumé que mon temps chez Mars était fini, que je devais prendre l’initiative et me prendre en main pour écrire mes 25 prochaines années de carrière, en comparaison avec des propositions en interne qui ne m’offriraient plus le même intérêt.

L’élément important est de réaliser que tu as été formé et pleinement préparé, mais que tu dois prendre tes responsabilités et ton destin en main, et te décider à partir tout en étant positif et proactif, et ne pas partir dans un esprit aigri ou revanchard, bien que ça soit une période importante de ta vie, ce qui, pour ma part, m’a permis de vivre des expériences nouvelles. Ce n’est pas évident, car la culture était très forte au cours de ces années chez Mars, c’était comme un deuil de partir.

Mais, à partir du moment où tu es parti et que tu assumes ce fait, ce qui est génial est de s’apercevoir que le monde n’est pas si terrible et que tu as été bien préparé, que tu tiens la route grâce à ton expérience chez Mars, et enfin que tu as un réseau d’ex-collègues qui sont toujours chez Mars ou qui ont eux-mêmes évolué en partant, avec qui tu peux toujours échanger.

Les 3 choses importantes, c’est la capacité de Mars à former et préparer les gens, la méthode et la structure, et le grand réseau que tu as pu y construire.

Le 2e élément marquant de ma carrière, c’est ce pari, en 2010, de partir en tant que directeur commercial, car je ne prenais pas en partant de chez Mars toutes les responsabilités que j’aurais voulu avoir  et d’arriver au bout de 2 ans à accéder à ces responsabilités  chez Aoste en 2013, où l’on me donnait la responsabilité du marché français en tant que CEO. J’ai vu ça comme une consécration, où tout ce que j’avais investi pendant ces années, je le mettais à profit en accédant à cette fonction.

Mais il y a eu auparavant un autre évènement important : avant de partir de Mars, en 2007, j’ai fait un MBA en alternance à l’ESCP.

Le fait de reprendre les études, une formation longue et structurante, dans le sens où l’on aborde des matières dont on n’a pas l’habitude dans ses fonctions et surtout sur une période de 18 mois, je me suis dit : « finalement, je fais des choses assez pointues dans la vente, mais il y a d’autres choses plus larges qui sont très intéressantes quand tu as la chance d’y avoir accès ».

Et c’est justement ça, en 2013 quand  j’ai pris le job de CEO chez Aoste, qui m’a permis de me dire que je n’avais pas perdu mon temps en faisant ce MBA, où j’essayais de gérer à la fois ma fonction de directeur commercial et le travail personnel que demandait la formation.

Les 23 ans carrières chez Mars, les 18 mois de MBA  en reprenant une formation à  40 ans et le risque que j’ai pris en quittant Mars pour un travail similaire, cet ensemble représente une forme de consécration, avec aussi un facteur chance important, qui englobe les choix et les personnes rencontrées au fil du temps. Il est possible de provoquer ceci à plus ou moins grande échelle, mais le facteur chance n’est pas à négliger non plus.

Je rejoins donc le groupe Aoste en 2010 en tant que Directeur Commercial, au bout de 3 ans les résultats dérapent, le résultat opérationnel de la société fin 2012 plonge et la moitié du Comex France dont le CEO sont remerciés. Je ne fais pas parti de ceux-là et l’on me demande de prendre les rênes de la société afin de mener le restructuring complet de celle-ci. Il a fallu adapter la capacité industrielle aux besoins, ce qui s’est traduit par des ajustements de certains sites et la fermeture d’autres sites de production, l’ajustement des organisations back office, tout en maintenant la motivation des personnes et gardant une dynamique dans la société et enfin de redéfinir une stratégie pour la société, en fixant des priorités claires et en faisant des choix engageant et gagnants .

A la fois émotionnellement et dans l’engagement personnel, c’est quelque chose de très fort, au travers des stratégies définies et de ta capacité à entraîner les autres.

En fin de compte, au bout d’1 an et demi, on avait restructuré la société, remanié la stratégie et, au cours des 3 années qui ont suivi la restructuration, on a retrouvé de la croissance, repris des parts de marché et amélioré le profil de l’entreprise, dans une situation gagnante qui pourra l’aider à affronter les challenges dont on parlait au début de l’entretien.

Enfin, 3e étape en 2015, quand on me confie les pays du Nord (Benelux). Malgré mes 23 ans chez Mars, entreprise internationale, je découvrais le multiculturalisme et pas seulement en observant ou en travaillant avec, mais en étant manager de gens de différentes nationalités : belges, hollandais, dont tu dois essayer de comprendre comment ils fonctionnement culturellement et construire une nouvelle histoire avec, dans certains cas, de gros changements à opérer.

Ce qui était intéressant, c’était ce challenge du management dans un environnement culturel qui n’était pas le mien, international, avec des profils très différents.

Lorsque tu es nouveau dans l’entreprise, tu ne connais personne et tu dois gérer un ensemble de collaborateurs, tu dois faire en sorte qu’on te comprenne. Ça fait 2 ans maintenant que j’y suis et tout se passe bien, mais j’ai dû aller chercher et identifier des alliés, en prenant des risques, avec quelques échecs pour, finalement, créer la confiance pour que les gens commencent à suivre.

Je suis entré dans le comité exécutif du groupe au niveau européen, ce qui m’a permis d’accéder à des responsabilités dans un Board, de parler aux actionnaires, d’être confronté et avoir à prendre des décisions avec mes collègues à une échelle beaucoup plus large que celle d’un pays.

Ce que j’ai aimé chez Mars, ce sont les gens, notamment ceux qui sont restés longtemps, parce que la qualité de Mars, c’est justement sa capacité à pouvoir recruter, savoir former et savoir garder les associés. Cela crée une forme d’homogénéité et, grâce à cela, tu retrouves assez facilement un contact et tu te connectes avec les gens même quand tu n’es plus chez Mars ou quand ceux-ci n’y sont plus. On a un tronc commun au niveau de la formation, des valeurs qui deviennent notre héritage.

Ce que j’ai appris chez Mars, c’est la volonté d’apprendre parce qu’on te challenge souvent (et parce que le niveau d’exigence, il faut le dire, est très élevé), l’interculturalité aussi, car c’est une société internationale, et la remise en cause. Ça te donne une forme de confiance qui va te consolider lorsque tu seras confronté à d’autres défis en dehors de Mars.

Mon conseil est de vivre l’instant présent, mais de penser au suivant, comment s’y épanouir et comment l’anticiper.

C’est aussi, pour ceux qui ne sont plus chez Mars et sont dans de grosses entreprises, qu’il faut aller expérimenter d’autres facettes. Quand on n’a pas eu la chance chez Mars de pouvoir toucher à d’autres choses, quand on est resté cloisonné dans un département unique, c’est super de pouvoir toucher à d’autres domaines et de connaitre d’autres expériences dans des cultures et des tailles d’organisation différentes

Quand on a la chance de venir d’en bas, il ne faut pas non plus l’oublier. Les qualités importantes, en top management, c’est la proximité, la transparence, la franchise et le courage.

Les managers doivent s’auto-former de manière permanente. Aujourd’hui tout le monde peut se former avec et aussi au-delà des outils que peuvent apporter les organisations, cette attitude volontaire est clé car le monde bouge très très vite et se reposer sur son expérience et sa connaissance n’est plus suffisant, aussi bon soit-on pour affronter les challenge qui sont les nôtres.

Je donne ce conseil à tous et j’essaie de me l’appliquer à moi-même qu’elle soit la forme de cette formation au sens large (partage d’expérience, curiosité, lecture, séminaires...), c’est pour moi un des gages de succès pour le futur.

Il faut prendre son destin en main, toujours d’une manière positive, quelle que soit l’entreprise.

Interview réalisé par Louis-Simon FAURE, le 25 01 2017.

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